dimanche 4 mai 2014

Rencontre avec... un Professeur de Pilates

Mon Prof de Pilates a accepté mon invitation à venir nous parler de cette activité sportive pleine de bienfaits, et nous livre ci-dessous son avis de professionnel...
Bonne lecture à tous et bonne découverte à ceux qui ne connaissaient pas encore!



Bonjour, je suis Stéphane, et je vis à Paris. 

J'enseigne certaines approches du mouvement - dont la méthode Pilates.

Je viens d'une certaine branche de la danse contemporaine, où la recherche autour du mouvement est une notion d'abord pratique, parfois liée à la danse, mais qui développe volontiers ses considérations au-delà des seules questions esthétiques, notamment sur la façon dont nous vivons notre corps au quotidien.



Je donne des cours de Pilates ces temps-ci. 

Ce sont des cours d'une heure, quelquefois proposés dans des studios spécialisés dans cette méthode, mais le plus souvent dans des centres qui offrent également d'autres activités telles que le yoga.



La méthode Pilates (originellement appelée Contrology) tient son nom de Joseph Pilates, son inventeur. Cette méthode existe depuis plus d'un demi-siècle, et a fait ses preuves. 

Elle a d'abord été développée sur des machines - inventées par J. Pilates lui-même - dont la plus connue est le Reformer, machine dont le support est mobile, ce qui le rend particulièrement intéressant pour l'équilibre, la coordination, et les réflexes. 


                                        





Joseph Pilates âgé, ci-dessus, et l'une de ses machines et citation, plus haut.



Toutefois l'enseignement le plus répandu est celui du travail au sol, qui est en partie la transposition du travail sur machine. Et ceci pour des raisons que l'on devine facilement : ces cours sont moins chers et plus faciles à mettre en place...



Le Pilates développe un répertoire d'exercices  développés par J. Pilates, mais qui s'est enrichi au fil de ses disciples (certains étant danseurs). 
Les progrès scientifiques ont permis également de nuancer, de préciser, et de réajuster certaines notions, mais les principes restent fondamentalement les mêmes que ceux énoncés par J. Pilates. 




Le principe le plus essentiel reste la coordination du mouvement au centre. Ce centre qui, dans d'autres disciplines, est  un centre énergétique ou un repère spatial est ici d'abord musculaire. 
C'est donc aussi  un travail de renforcement abdominal. 
Quelque mouvement que vous fassiez, vous le faites en gardant l'engagement et la tenue musculaire de votre ceinture abdominale. 
Ceci permet de mieux soutenir et de mieux répartir l'effort. 
 

Au lieu d'un effort local et disproportionné  (qui déséquilibre le corps), le mouvement est effectué de façon globale. La force abdominale, un bon alignement, et une certaine stabilité y pourvoient. 
Cela signifie donc qu'une séance de Pilates n'est pas essentiellement un travail sur les abdominaux - mais autour et avec les abdominaux. 
Un cours travaille tout le corps, et le répertoire sollicite volontairement, à un moment ou à un autre, chaque membre du corps.



Chaque exercice peut ainsi être vu comme un défi au centre, à notre capacité à tenir notre centre engagé, notre alignement et notre stabilité
Un muscle s'étire ou se renforce convenablement si ses points d'insertion sont fixes. Si les attaches des muscles bougent en même temps que le muscle lui-même, on comprend bien que l'étirement ou le renforcement deviennent incohérents ou aléatoires. 
La même logique peut s'entendre d'une façon générale concernant la méthode: parce que vous avez un centre fort et stable, vous pouvez articuler bras, jambes, tête et bassin de façon coordonnée et équilibrée. 
Parce que l'effort est ainsi mieux réparti dans tout le corps: le mouvement demande donc moins d'effort.
 




Le Pilates suppose une respiration spécifique.  Elle optimise le renforcement abdominal : par exemple, j'expire par la bouche pour stimuler plus rapidement et plus profondément la couche abdominale la plus profonde, le muscle transverse. 

Et elle essaie ainsi de ne pas compromettre le bon alignement du dos et des épaules. 

Cette respiration est plutôt inhabituelle (elle est différente de la respiration yoga), et déjà un exercice en soi. On met en général un certain temps avant de la maîtriser, pour pouvoir bien la coordonner ensuite au mouvement de l'exercice.



Je pratique cette méthode depuis quatre ans environ, et avant cela, en ayant pris quelques cours ici et là de façon très épisodique, dans des endroits divers. 

Mais mon premier contact eu lieu il y a plus d'une dizaine d'années dans un des premiers centres à l'américaine qui s'est ouvert à Paris.



Par une rencontre en particulier, dans un moment où je m'intéressais à la danse.

J'ai connu une enseignante américaine qui enseignait différentes disciplines et qui a fait ce lien.

Je cherchais plus tard une pratique une peu plus systématique que celles que je connaissais, un entraînement régulier et  efficace, et notamment parce que j'avais connu (comme beaucoup) des problèmes de dos surmené  et des lombalgies. 
J'avais pratiqué un enseignement plus libre, et je voulais un enseignement plus cadré, avec un objectif plus précis. 

Bien sûr, dans l'idée de revenir à cette exploration libre du mouvement ensuite - mais en étant physiquement mieux armé... Si ce type d'entraînement est une bonne chose, il ne s'agit pas non plus de perdre la liberté du mouvement, le plaisir de sa découverte et de son renouveau...
 



La méthode Pilates peut s'adresser à tout le monde a priori, pourvu que l'apprentissage soit progressif, et que l'élève et l'enseignant se rendent compte assez vite du niveau qui convient. 
Il est important que l'élève identifie ses besoins, ses capacités, ses blessures s'il en a, et qu'il ne s'en remette pas aveuglément à l'enseignant - et, pour cela, qu'il se pose des questions, qu'il en pose à l'enseignant, le cas échéant, même si ces questions lui paraissent futiles... elles ne le sont pas!



Évidemment, la méthode sera plus facile pour celui ou celle qui a déjà une certaine pratique physique et une certaine écoute et connaissance de son corps. La méthode peut faciliter cette connaissance, mais il peut manquer quelquefois des étapes intermédiaires et des exercices appropriés pour préparer l'élève à certains exercices. 
La méthode étant orientée pour l'essentiel vers un travail de renforcement, il est bien d'introduire en plus des exercices simples de détente du corps et de proprioception, notamment auprès d'élèves qui ont peu de familiarité avec leur corps ou avec le sport. 

 

La méthode devient aussi plus pertinente quand on commence à la comprendre via des connaissances anatomiques précises.

Mais on peut aussi la pratiquer comme un entraînement, et en avoir une compréhension et une intuition globale satisfaisante - sans entrer dans une analyse systématique.

Il est possible que cette pratique ne convienne pas; dans ce cas, il ne faut pas insister. 


Chacun doit identifier ses besoins immédiats, et ne pas suivre de force une méthode, simplement parce que l'opinion commune ou la mode l'encourage. Une personne stressée pourra se détendre avec cette pratique, comme elle pourra s'y stresser davantage, cela dépend de son tempérament et de son parcours : il faut donc s'écouter et comprendre par où commencer véritablement.

Toutefois cette pratique, comme tant d'autres, demande patience et persévérance, et si l'on sent qu'on y a un peu de plaisir ou de profit, ou seulement de curiosité, cela vaut la peine d'insister un peu.



C'est une bonne méthode pour rééquilibrer le corps. Avec un meilleur alignement, l'élève se tient mieux, l'énergie circule mieux, et il dépense moins d'effort dans la plupart de ses activités. 
On s'utilise mal, très souvent, dans nos actions quotidiennes. Soit à cause de nos mauvaises habitudes, soit parce que nous n'avons pas appris à conduire notre mouvement d'une manière efficace et économe- ou bien encore parce que nous n'en avons pas les ressources physiques nécessaires. 

C'est ce que prétend corriger la méthode Pilates -  notamment en proposant un développement musculaire plus harmonieux. 
Il ne s'agit pas nécessairement de devenir  un athlète; bien sûr, mais plutôt de développer le minimum musculaire vital au bon fonctionnement du corps, et surtout de savoir utiliser les bons muscles au bon moment. 
Fort heureusement, c'est une chose à laquelle nous n'aurons pas à réfléchir chaque fois que nous exécutons un mouvement, l'entraînement étant là  pour en faire un automatisme et créer de bonnes (!) habitudes posturales.



Je donne des cours au sol (mat, comme on dit parfois) collectifs, ou des cours sur machines, le plus souvent individuels, mais ils peuvent se faire en duo, en trio voire en quatuor. 
Je m'inspire du répertoire Pilates, et de sa grille de progression, auquel j'ajoute quelques variations. 

Je prends aussi mes sources ailleurs, dans d'autres techniques somatiques, bonnes pour introduire ou compléter la méthode, qui, à mon sens, ne suffit pas toujours au réveil kinesthésique, dont certains élèves ont préalablement besoin...

Par exemple, il ne sert à rien de renforcer un dos cambré, et tendu. 
Il faut d'abord le relâcher. Il existe certes des exercices Pilates pour fléchir ou assouplir le dos. Mais ce sont souvent aussi des exercices à répétition. 
Dans la progression d'un cours, il peut être stratégique d'introduire d'autres propositions ou accessoires pour faciliter la préparation et la détente du corps et du dos. 
 

Des techniques telles que l'Alexander, le Feldenkrais, le yoga (dont le Pilates est inspiré), et certaines propositions de danse contemporaine peuvent être utiles et pertinentes - enfin, toute bonne intuition, idée ou chorégraphie qui viendra à l'enseignant peut avoir sa part dans une séance Pilates. 
Après tout, nous sommes dans une recherche de compréhension du mouvement. Certaines de ces techniques sont d'ailleurs apparues en même temps, dans un temps où la science n'avait pas les connaissances qu'elle a aujourd'hui, où l'enseignement traditionnel physique et sportif  n'était pas suffisant. 
Pilates, Alexander, Feldenkrais ont tous eu des soucis de santé personnels, et ont cherché leurs propres moyens pour les corriger. 



Ces méthodes ont donc souvent des préoccupations communes, même si elles empruntent des voies de spécialisation diverses. Il est juste de les recouper. Du reste, le Pilates lui-même est encore en recherche. 

On polémique toujours sur certaines aspects. 
Et l'approche physiologique de certains exercices se discute encore. 


Personnellement, je donne mon enseignement en jouant essentiellement avec la grille et le répertoire existants, et en les panachant d'autres propositions,  en donnant des repères anatomiques généraux. 

Les choses peuvent se circonstancier davantage dans un cours individuel, évidemment, en particulier si l'élève souhaite travailler une faiblesse ou un défaut en particulier.
Disons surtout que je rattache la méthode aux techniques somatiques - même s'il s'y trouve une bonne part d'entraînement et de gymnastique
(qui peut être exigeante, selon le niveau proposé), je ne le développe pas toutefois dans un esprit fitness.


Il y a beaucoup de nuances à trouver dans cette méthode si on l'envisage sous cet aspect, et comme un outil d'exploration du mouvement; et ce n'est sans doute pas par hasard si les danseurs, d'une part, et les kinésithérapeutes, d'autre part, s'y intéressent, la pratiquent et/ou le recommandent.



Pour l'instant, je continue de donner mes cours, dans les divers centres qui m'accueillent, et dont je sens l'énergie bonne et l'environnement propice. 
Je donne également, à l'occasion, des cours personnels sur machine ou à domicile à ceux qui le souhaitent.



Je suis joignable essentiellement à cette adresse : pratique.pilates(à)yahoo.fr

J'enseigne à Paris. On peut me trouver à l'Atelier Marais (3e), à Chaps(11e), à A-lyne (3e), à la Maaj (14e), à Yoga and Co et dans certains centres de quartier du 19e.



Je pourrais répondre pour conclure que je souhaite que la méthode Pilates se développe davantage, mais ce n'est pas exactement ce que je souhaite. 
Bien sûr, qu'elle se développe est une bonne chose, et je crois son développement durable . 
Mais je souhaite surtout une meilleure connaissance et une meilleure écoute de son corps. Pas seulement dans le moment ou dans les lieux où l'on s'autorise officiellement à le faire - à savoir dans les cours, et ce d'une manière très cadrée (et je suis le premier responsable de cet encadrement...).  
Mais dans sa vie personnelle et quotidienne, et avec toute liberté de se réapproprier les choses!...  Car il s'agit, avant tout, de ne pas perdre de vue, et d'envie, sa propre liberté de mouvement, de ne pas attendre qu'on vous donne la permission d'explorer votre corps...




Améliorez le corps, et vous améliorez l'esprit : les deux vont inévitablement ensemble ( et parfois d'une manière surprenante et inattendue). 
Il ne s'agit pas seulement du bon entretien de son corps (qui le demande, évidemment). 
Mais du plaisir de vivre, et de jouer avec les possibilités qu'il offre - hors des contraintes sociales ou morales... 

Car certaines de ces contraintes nous tiennent plus qu'elles le devraient, en particulier dans les grandes villes... Songez au temps, souvent excessif, que nous passons... assis!...  

Mais si se lever, s'asseoir, s'allonger, marcher, sont des activités sans doute vitales et nobles elles sont le minimum de ce que peut faire un corps, et il peut bien davantage!... 
 

Enfin, parce qu'il s'agit autant du rapport à son propre corps, qu'au corps de l'autre, et des craintes que nous avons parfois pour les deux...

En bref, plus de conscience du corps, de vitalité et de jeu - d'intelligence et/ou de folie dans le jeu, ce n'est pas contradictoire - voilà mon souhait d'une manière générale...




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